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Innovation: l’intelligence artificielle, une révolution pour libérer notre cerveau ?

1 juillet 2019

Qu’est-ce qui nous empêche de vivre ?

John Rauscher : Nous sommes parasités par un stress permanent souvent généré par un flux d’informations anxiogènes qui remontent des équipes en interne ou de l’extérieur. Cette information nous empêche de réfléchir et de nous détendre. Il faut savoir qu’une information négative à cinq fois plus de chance d’être lue qu’une information positive. C’est d’ailleurs pour cela que les médias et les réseaux sociaux les préfèrent et les diffusent vers nous à grande échelle. Et notre mémoire a du mal à effacer tout cela. Nous sommes souvent débordés de tâches répétitives et inutiles. C’est difficile de faire le tri.

Isabelle Simonetto : Ce flot est capté par l’intermédiaire de la mémoire à court terme. Cette mémoire a la particularité d’être très limitée dans l’espace, dans le temps et extrêmement sensible aux interférences et au stress. Face à ce flot, notre mémoire à court terme est rapidement défaillante. Sa fonction réside plus dans le traitement que dans le stockage de l’information. On peut comparer cette mémoire à la mémoire vive de l’ordinateur. Elle traite l’information de l’instant « t » ici et maintenant mais sa bande passante est faible. Dans ce cas précis, l’intelligence artificielle est plus performante.

En quoi les IA sont une partie de la solution ?

John Rauscher : Par exemple, les « cobots », les robots collaboratifs basés sur l’IA peuvent nous aider à diminuer notre stress au travail ou dans notre vie personnelle. Prenez l’exemple du GPS, on l’utilise même lorsqu’on connaît le chemin. C’est une manière de confier à l’intelligence artificielle une partie de notre « travail » de conducteur du véhicule. On ne pense plus à l’itinéraire optimal. Le GPS, comme les cobots d’entreprise en général, diminue notre stress.

Isabelle Simonetto : Dans notre cerveau nous pourrions imaginer, pour simplifier, qu’il existe deux salles de commande. La première se situe au niveau du cortex préfrontal, qui permet de réaliser les tâches complexes de haut niveau comme la réflexion, l’apprentissage, la prise de décision. Cette salle de commande est monotâche et très consommatrice en énergie. C’est le mode conscient.

La seconde (au niveau des noyaux gris centraux) permet de piloter ce que nous savons parfaitement faire c’est-à-dire les activités qui sont devenues des automatismes telles que la lecture, l’écriture, la conduite automobile… Ce mode automatique est multitâche. Nous pouvons conduire (mode automatique) et réfléchir à un dossier (mode conscient)

Si j’arrive dans un lieu que je ne connais pas sans GPS, je vais éteindre la musique ou arrêter de réfléchir pour libérer la salle de commande n°1 et repasser en mode conscient pour chercher ma route. Si j’ai un GPS, il va faire ce travail pour moi et libérer de la bande passante …. Pour faire autre chose. En ce sens l’IA libère du temps de réflexion disponible pour des tâches de plus haut niveau.

Les IA sont-elles suffisamment utilisées par les dirigeants ?

John Rauscher : Actuellement, les possibilités de l’IA sont largement sous exploitées alors que l’intelligence artificielle a deux vertus : elle libère de très nombreuses tâches répétitives et elle limite considérablement le taux d’erreur. Par exemple, citons le cas des CRM qui exigent pour être vraiment utiles d’être renseignés avec des comptes rendus de visites clients. Les salariés ont du mal à aller vite dans cette tâche qui s’avère consommatrice de temps et source d’erreurs. L’IA peut aider à automatiser 90% de ce travail. Le recours à l’IA va contribuer à aider les salariés, comme le chef d’entreprise, à se concentrer sur les tâches nobles de leur métier, celles qui rendent heureux au travail. Il y a un potentiel immense d’applications faciles à mettre en œuvre et trop souvent méconnues des dirigeants.

Isabelle Simonetto : L’IA automatise des tâches, et fait le lien entre les différentes tâches pour analyser un nombre colossal d’informations et les rendre exploitables par l’Humain. Mais la façon dont les données vont être traitées et exploitées dépend des concepteurs de l’IA et donc de leurs croyances et idéologies. En tant qu’utilisateur, nous obtenons le résultat mais nous n’avons pas les tenants et les aboutissants des étapes. Il y a une boîte noire entre l’information qui rentre et celle qui sort. L’utilisateur devient potentiellement prisonnier des valeurs sous-jacentes du concepteur.

L’intelligence artificielle et le cerveau traitent une multitude d’informations, sont-ils si différents ?

Isabelle Simonetto : Comprendre les différences entre le fonctionnement du cerveau et l’IA est un bon moyen d’optimiser l’utilisation des 2 ! Prenez l’exemple de l’IA qui a gagné le champion du monde du jeu de GO. Cette IA est incapable de jouer au jeu de dames. L’IA est programmée pour une activité bien spécifique contrairement au cerveau qui va pouvoir faire des analogies dans des domaines complètement différents et transposer, créer.

Un autre exemple, lorsque nous recherchons une information dans une IA, cette dernière va scanner toutes les données disponibles et restituer un résultat. 0 résultat ou X résultats. Le cerveau fonctionne à l’opposé. Il sait d’avance s’il a déjà stocké l’information. C’est ce qu’on appelle la métamémoire. On sait ce que l’on sait. Si je cherche le nom de la capitale d’un pays que je connais, je lance la requête pour chercher l’information. Je ne lance pas cette recherche si je pense ne pas savoir.

La plasticité du cerveau lui permet de créer sans cesse de nouvelles connexions, il se réorganise. De cette plasticité va naître des associations d’idées nouvelles et donc des « euréka ». Nous allons ainsi inventer quelque chose qui n’existe pas !

L’intelligence humaine possède encore de beaux jours devant elle. Et l’IA joue une fonction complémentaire très intéressante. A chacun sa partition.

A la Convention, Univers Cité / Jeudi 19 et vendredi  20 / regards croisés / Intelligence artificielle et neurosciences : et si être connecté permettait de « Vivre » ?