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L’un de ses reportages conduit Corine Sombrun en 2001 en Mongolie, où le chamane Balgir lui annonce qu’elle est chamane. Elle suivra pendant plusieurs années un enseignement spécifique à la frontière de la Sibérie avec une chamane de l’ethnie des Tsaatans.

Vous avez largement contribué à faire comprendre l’état de transe. Pouvez-vous nous expliquer les facettes de ce potentiel ?

La transe est pratiquée par des populations ancestrales au travers du chamanisme. On a longtemps pensé que ce potentiel d’accès était réservé aux chamans. Grâce à mon parcours, on a pu effectuer des recherches avec des scientifiques pour savoir si on pouvait accéder à la transe sans passer par des inductions traditionnelles telles que les psychotropes, le tambour ou la danse. On a découvert que ce potentiel était accessible au plus grand nombre et pouvait être induit par la seule volonté.

Quelles ont été les étapes à franchir pour parvenir à ces résultats, et ainsi mieux comprendre le potentiel de la transe ?

Je travaille depuis 2006 avec des chercheurs dans le but de comprendre les mécanismes cérébraux liés aux états de transe. Ces recherches sont à l’origine de la première publication scientifique sur la transe chamanique mongole (Flor-Henry et al. 2017). En 2015, j’ai collaboré à un programme de recherche pour induire la transe par des séquences sonores, puis par la seule volonté. Ce programme, testé sur plus de 500 volontaires a permis à 85% d’entre eux de vivre un état de transe, démontrant qu’il n’est pas un don réservé aux seuls chamans, mais bien une capacité de tout cerveau humain. Ces résultats ont initié de nouveaux protocoles de recherches, notamment au CHU de Liège sous la direction de Steven Laureys et la création du TranceScience Research Institute, un réseau international de chercheurs investis dans les études neuroscientifiques des mécanismes, et des applications thérapeutiques liés à ce potentiel, désormais appelé « Transe cognitive (source Corine Sombrun) »

Selon vous, quelles sont les capacités nouvelles auxquelles on a accès quand on est transe ?

La transe semble ouvrir une fenêtre sur une intelligence et des processus infra-conscients dont nous n’avons en général aucune idée et dont cet état nous rend soudain le témoin. Le corps se met à bouger, nous produisons des sons, notre force augmente, la sensation de la douleur diminue, la perception du temps est modifiée, nous avons accès à un champ d’informations peu accessible en état de conscience ordinaire, et tout cela sans que nous l’ayons induit de façon volontaire. L’état des connaissances sur ce phénomène de transe en est encore à ses débuts, mais nos recherches nous permettent déjà de penser qu’elle est à la fois un outil d’exploration d’une réalité sous-jacente et un outil de développement cognitif. Elle semble aussi donner un accès amplifié à certains processus de guérison et à des mécanismes d’apprentissage intuitif, comme ceux utilisés par les bébés pour « apprendre sans avoir à apprendre ». Ce qui reste encore un mystère pour la recherche sera donc peut-être un jour élucidé par l’étude de ces états « intuitifs » de conscience.

A la Convention, Univers forêt / Jeudi 19 / De la transe chamanique à la transe cognitive / Corine Sombrun et Francis Taulelle

copyright photo ©PhilippeDobrowolska

26 juillet 2019

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Regards croisés entre Hesna Cailliau et Patrice Georget sur l’intuition. 

Hesna Cailliau : Etymologiquement, le mot intuition désigne ce qui jaillit de façon directe et spontanée de  l’intérieur (in) vers l’extérieur( tio) sans passer par un raisonnement logique. Parce que l’intuition surprend voire dérange, il paraît plus facile et rassurant de suivre la voie de la raison : ses explications et ses démonstrations donnent l’impression de savoir où l’on va mais ce faisant le risque est d’étouffer sa créativité. Le mathématicien Henri Poincaré le dit bien : «  Avec l’intuition nous inventons, avec la raison nous démontrons, dès que nous commençons à raisonner nous coupons le processus de l’intuition. » L’inspiration surgit lorsque la pensée suspend son vol, dans les moments de relâchement, d’où le bienfait de la méditation désormais  reconnu par les neurosciences.

Patrice Georget :  Sur le thème de la prise de décision, il existe de nombreuses fausses croyances. Selon ces quasi dogmes, il faudrait se méfier de nos impulsions, de la première pensée qui surgit avant de décider. On nous laisse entendre qu’il faudrait prendre des précautions. Il existerait une bonne manière de décider en évaluant en amont, les chances de succès et les risques de l’échec. On propose même de nombreux manuels pour expliquer les meilleures voies possibles pour décider. On livre aussi tous les écueils à éviter. A force de vouloir trop d’objectivisme, on néglige des chemins possibles. Le génie de l’intuition est de nous permettre de décider dans des situations complexes, en tenant compte de tous les paramètres, incertitudes, rapidité, hiérarchisation de l’information. Dans les situations qui nous engagent fortement, l’intuition est une voie tout particulièrement pertinente.

Quels sont les processus au cours desquels la raison complexifie la décision?

Patrice Georget : Faites l’expérience de féliciter votre partenaire de tennis pour son magnifique coup droit si vous êtes en compétition, lors du changement de terrain. L’effet est surprenant. On peut penser que cette parole le consolide dans son jeu, mais non. Le coup droit est un geste que notre cerveau a automatisé. Le joueur fait ce coup sans y penser. Le rappel conscient de ce geste va induire un changement de mentalisation du comportement. Le geste qui était automatique va devenir soudainement conscient. La phrase anodine, voire un brin flatteuse va exercer sur lui un regard contrôlant qui déstabilise. En faisant attention, le joueur va commencer à multiplier les erreurs.

Qu’y a-t-il de miraculeux dans l’intuition ?

Hesna Cailliau : Pour toutes les grandes traditions de l’humanité, l’intuition est l’intelligence supérieure, « le 6° sens », « le 3° œil ». Elle permet de détecter les connexions subtiles que l’apparence oppose car dans la réalité tout est tissé comme les trames d’un tapis, de détecter aussi les signes annonciateurs des changements à venir car le futur est dans le présent à l’état de germe. A trop vouloir expliquer et démontrer, on risque de s’enfermer dans son raisonnement et de devenir sourd aux idées nouvelles et aveugles aux signaux faibles. Kodak a disparu parce que ses dirigeants n’ont pas pris suffisamment en compte les signes annonciateurs de l’essor du numérique, forts d’un business  model qui a fait ses preuves dans le passé. Dans un monde qui change de plus en plus vite, l’avenir appartient à ceux qui sont capables de percevoir avant les autres les tendances de fond mais aussi les dangers à venir ce qui permet d’agir en amont avant que la fissure ne devienne crevasse. Sentir, ressentir est désormais plus important que raisonner.

Dans le collectif, comment peut-on mieux gérer la prise de décision ?

Patrice Georget : Nous devons être vigilant à ne pas communautariser nos vies et nos décisions. La société est désormais très divisée, chacun joue et décide en fonction de sa partition sociale : gilets jaunes, anti gilets jaunes… Ce n’est qu’un exemple. La logique serait de ne pas nous définir en fonction de nos dissemblances, mais bien en fonction de ce qui peut nous « assembler », ce qui nous permet de faire « humanité ».

24 juillet 2019

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Vous doutez ? Tant mieux. Douter, c’est créer et innover. Exemples à l’appui, Hélène Mugnier, historienne de l’art et Albert Moukheiber, docteur en neurosciences et psychologue, expliquent la puissance du doute. Pourquoi il est nécessaire de se méfier de notre cerveau et des certitudes qui nous enferment.

Pourquoi pensons-nous avoir raison même lorsque nous avons tort ? Pourquoi, deux personnes ne voient pas la même chose dans un tableau ou dans la même scène de rue ?

Pour Albert Moukheiber « nous croyons détenir une vérité ou une certitude, mais notre cerveau nous joue des tours sans que nous nous en rendions compte ». Nous pensons percevoir avec lucidité une situation, mais nous inventons le réel, nous l’interprétons à notre insu alors même que nous sommes persuadés du contraire. » Un constat que partage Hélène Mugnier. « Nous rationalisons et en même temps nous passons à côté de signaux importants pour décoder notre environnement. Pourtant nous avons tous des capteurs extraordinaires pour le comprendre ».

Il est donc grand temps de réaliser que nous avons souvent tort et qu’il est bénéfique de douter de ce que le cerveau nous indique. Pourquoi ? Parce que contrairement à ce que l’on pense, « avoir confiance en soi, c’est être capable de douter de soi. Il ne faut pas confondre la confiance en soi et la confiance dans ses connaissances qui sont le fruit de notre milieu social, de nos études, de nos héritages familiaux… Réfléchir, est une manière élégante de changer d’avis », explique Albert Moukheiber.

Douter, c’est s’ouvrir à la création 

Avoir confiance en soi tout en doutant permet ainsi de mettre en marche ces fameux « capteurs », de s’ouvrir à l’imagination, de faire des liens, des transversalités et de construire des histoires qui libèrent la créativité. « La création est par essence quelque chose de nouveau. Si on ne doute pas, on ne fait que ce qu’on a l’habitude de faire », précise de son côté Hélène Mugnier.

Hélène Mugnier et Albert Moukheiber ne développent pas des théories abstraites. Ils se basent sur des exemples de la vie quotidienne et ancrent leur démonstration dans le réel. L’image animée d’une petite danseuse qui pour les uns tourne dans le sens des aiguilles d’une montre et pour les autres dans le sens inverse. Un tableau presque blanc que personne ne voit blanc. Ou encore ces décisions absurdes et catastrophiques, célèbres dans l’histoire et pourtant longuement muries et pensées. Si Albert Moukheiber utilise les neurosciences pour étayer sa démonstration, Hélène Mugnier se sert de l’art pour que chacun se réapproprie la force de l’imaginaire.

L’idée est ainsi de s’autoriser à douter pour se reconnecter à ses émotions, pour faire rêver, et pour se redonner et redonner à chacun les moyens de créer et d’innover. Vous en doutez ? C’est bon signe !

A la Convention, Univers Cité / Regards croisés – Albert Moukheiber et Hélène Mugnier  / vendredi 20 septembre / Vous doutez ? Tant mieux: douter c’est déjà créer !

15 juillet 2019

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