De l’importance de l’identité de l’entreprise dans une vague de destruction-créatrice schumpétérienne

Nicolas Bouzou nous livre une réflexion sur l’innovation. Pour en savoir plus  : retrouvez l’ExtraClub de Nicolas Bouzou en commentaire des résultats du baromètre Apm-OpinionWay

Un monde émerge : celui des NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, sciences de l’information, sciences cognitives) ; un autre s’effondre : celui des 30 glorieuses, dont l’agonie aura été aussi longue que la « vie ». Cet entre-deux est à la fois fascinant et angoissant. Il est fascinant car le monde des NBIC est plein de promesses : vive l’énergie décarbonnée, les villes intelligentes, la voiture sans chauffeur et la guérison de maladies aujourd’hui incurables ! Mais il est angoissant comme l’est tout changement de cet ampleur qui concerne l’ordre technique et économique, mais aussi social et politique. Mais après-tout, la nostalgie est autorisée tant qu’elle n’est pas paralysante. Notre rôle à nous, dirigeants d’entreprises, intellectuels, politiques, et même (surtout ?) artistes, c’est faire en sorte que cette transition d’un monde à l’autre s’effectue pour le mieux, et qu’elle nous évite la résurgence de ce que j’ai appelé dans l’un de mes récents ouvrages les « guerres schumpéteriennes » (Pourquoi la lucidité habite à l’étranger, JC Lattès, 2015), ces conflits violents qui opposent les forces du progrès aux forces conservatrices : Athènes contre Sparte, Réforme contre autorité papale, Gouvernement britannique contre luddites… L’antidote à ces violences se trouve résumée par un oxymore : le « progressisme conservateur ». Il s’agit d’être fortement volontariste quant aux changements à entreprendre dans une entreprise ou aux réformes à opérer dans un pays mais, dans le même temps, de conserver le meilleur de ce qui a façonné notre civilisation.

 

Cette façon de voir les choses n’est pas que théorique, notamment pour les dirigeants d’entreprises. Ses applications sont tout à fait concrètes. Il s’agit de fonder le sens de changements sur des valeurs et même pourquoi pas sur une identité qui les englobe. Pour une entreprise comme pour une personne, l’identité est quasiment immuable (qu’elle soit innée ou acquise importe peu pour cette réflexion) et tient pour beaucoup aux circonstances historiques, géographiques, personnelles… de sa création. A la limite, on pourrait presque dire qu’une entreprise se définit par ses valeurs (les férus de philosophie reconnaissent la définition platonicienne de la vérité d’une chose, comme précédant son existence matérielle – sa réalité). Toutes les entreprises peuvent réfléchir à leur identité en utilisant un raisonnement inductif (du particulier au général) alors que nous sommes habitués à raisonner de façon déductive (du général au particulier). Le raisonnement déductif vous fait dire : « Un exemple de compagnie aérienne est.. Air France ». Le raisonnement inductif vous vous réfléchir sur « Air France est un exemple de … ». Cela vaut pour un corps de métier bouleversé par la vague technologique et qui souffre, justement, d’une crise identitaire : « l’artisanat est un exemple de… ».

 

L’économiste autrichien Josef Schumpeter avait parfaitement démontré que les grandes vagues d’innovation comme celle des NBIC constituent une menace pour les entreprises existantes dans la mesure où généralement « le nouveau ne naît pas de l’ancien mais à côté de l’ancien ». Le travail sur les valeurs de l’entreprise permet, à cet égard, de déjouer Schumpeter. Pour paraphraser Luchino Visconti, il s’agit bien de « tout changer pour que rien ne change » ou peut être plus exactement « de ne pas tout changer pour que tout puisse changer ». 

 

Nicolas Bouzou intervient en tant qu’expert dans le cadre de l’Apm (www.apm.fr) auprès des dirigeants adhérents. L’Apm a pour vocation le progrès des entreprises par la formation et le perfectionnement de leurs dirigeants. Réseau apolitique et indépendant, véritable creuset d’idées et d’expériences managériales, l’Apm réunit près de 7 000 adhérents tous francophones dans 25 pays tant en Europe, qu’en Afrique, Amérique et Asie. Ces dirigeants de PME / ETI pour la majorité d’entre eux ou dirigeants de grands groupes, travaillent en clubs d’une vingtaine de membres soit 350 clubs en totalité. L’association a été créée en 1987 par Pierre Bellon, président-fondateur de Sodexo. Elle est actuellement présidée par Christian Barqui, Directeur Général de Florette France.

 

 

 

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