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Vous doutez ? Tant mieux. Douter, c’est créer et innover. Exemples à l’appui, Hélène Mugnier, historienne de l’art et Albert Moukheiber, docteur en neurosciences et psychologue, expliquent la puissance du doute. Pourquoi il est nécessaire de se méfier de notre cerveau et des certitudes qui nous enferment.

Pourquoi pensons-nous avoir raison même lorsque nous avons tort ? Pourquoi, deux personnes ne voient pas la même chose dans un tableau ou dans la même scène de rue ?

Pour Albert Moukheiber « nous croyons détenir une vérité ou une certitude, mais notre cerveau nous joue des tours sans que nous nous en rendions compte ». Nous pensons percevoir avec lucidité une situation, mais nous inventons le réel, nous l’interprétons à notre insu alors même que nous sommes persuadés du contraire. » Un constat que partage Hélène Mugnier. « Nous rationalisons et en même temps nous passons à côté de signaux importants pour décoder notre environnement. Pourtant nous avons tous des capteurs extraordinaires pour le comprendre ».

Il est donc grand temps de réaliser que nous avons souvent tort et qu’il est bénéfique de douter de ce que le cerveau nous indique. Pourquoi ? Parce que contrairement à ce que l’on pense, « avoir confiance en soi, c’est être capable de douter de soi. Il ne faut pas confondre la confiance en soi et la confiance dans ses connaissances qui sont le fruit de notre milieu social, de nos études, de nos héritages familiaux… Réfléchir, est une manière élégante de changer d’avis », explique Albert Moukheiber.

Douter, c’est s’ouvrir à la création 

Avoir confiance en soi tout en doutant permet ainsi de mettre en marche ces fameux « capteurs », de s’ouvrir à l’imagination, de faire des liens, des transversalités et de construire des histoires qui libèrent la créativité. « La création est par essence quelque chose de nouveau. Si on ne doute pas, on ne fait que ce qu’on a l’habitude de faire », précise de son côté Hélène Mugnier.

Hélène Mugnier et Albert Moukheiber ne développent pas des théories abstraites. Ils se basent sur des exemples de la vie quotidienne et ancrent leur démonstration dans le réel. L’image animée d’une petite danseuse qui pour les uns tourne dans le sens des aiguilles d’une montre et pour les autres dans le sens inverse. Un tableau presque blanc que personne ne voit blanc. Ou encore ces décisions absurdes et catastrophiques, célèbres dans l’histoire et pourtant longuement muries et pensées. Si Albert Moukheiber utilise les neurosciences pour étayer sa démonstration, Hélène Mugnier se sert de l’art pour que chacun se réapproprie la force de l’imaginaire.

L’idée est ainsi de s’autoriser à douter pour se reconnecter à ses émotions, pour faire rêver, et pour se redonner et redonner à chacun les moyens de créer et d’innover. Vous en doutez ? C’est bon signe !

A la Convention, Univers Cité / Regards croisés – Albert Moukheiber et Hélène Mugnier  / vendredi 20 septembre / Vous doutez ? Tant mieux: douter c’est déjà créer !

15 juillet 2019

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Etre geek, est-ce un concept dépassé ? Regards croisés de deux experts Apm Laurence Devillairs et Christophe Bourseiller. 

• Connecté ou trop connecté ? Est-ce la question ?

Christophe Bourseiller : On a tous vécu la sidération d’internet, comme un mouvement nous emportant avec une grande lame de fond vers l’hyperconnexion… Notre génération a été et demeure fortement impressionnée par cet outil puissant, qui rend possible des connections à l’échelle planétaire. Aujourd’hui, encore internet est une source d’éblouissement fasciné pour cette génération. C’est toujours « extraordinaire ». Ce caractère quasi sacré est très ancré dans les faits et gestes de notre quotidien. Au contraire, la jeune génération vit au milieu des objets connectés comme si ces objets et usages étaient « ordinaires ». Ils sont nés dedans. Pour ces jeunes, la notion de geeks ou de non geeks est floue, voire n’existe pas. Tous les usages associés au net font partie de la normalité. Certaines communautés sont totalement hostiles aux objets connectés.

• Vous, qui étudiez les mouvements extrémistes et minoritaires, y-a-t-il des enseignements à retirer de ces signaux faibles émergents ?

Christophe Bourseiller : ZAD, slowlife…. Certaines communautés prônent un retour à la nature et expriment un rejet de toutes les connexions. Leurs idées peuvent nourrir nos réflexions. D’abord, elles manifestent une grande méfiance vis à vis des nouvelles technologies. Ces groupes veulent être en dehors de la connexion et militent pour une déconnexion salvatrice. Leurs revendications prennent la forme d’une contre-culture. Ils recherchent par exemple l’anonymat là où internet provoque une surexposition. A l’ère 2.0, c’est quasiment impossible de ne pas être identifié partout. Ces mouvements sont très méfiants vis à vis du suivi et du contrôle du web. Les nouvelles technologies imposent à l’individu une dictature du tout connecté.. être disponible en permanence, répondre vite, recevoir une multitude d’informations …

 

• Qu’est-ce que l’hyperconnexion a changé dans nos vies ?

Laurence Devillairs : Spontanément, je dirais l’ubiquité et l’instantanéité. L’ubiquité. Aujourd’hui, le smartphone nous permet d’être partout à la fois et d’agir en simultané. Parler au téléphone, écrire un mail, regarder une vidéo, être ici et là. Auparavant, ce qui nous définissait en tant qu’humain, c’était précisément l’unicité de lieu. Seul le « divin » avait ce don d’ubiquité. L’instantanéité change nos usages. Nous devons répondre vite. Comme une injonction. C’est un changement considérable qui modifie nos vies. La question n’est plus de savoir si on est connecté ou pas. La connexion succède à la déconnection. Un exemple éloquent. Les personnes passent un week-end à la campagne et vivent ce temps comme une déconnection. Mais rapidement, les portables vont être rallumés et les photos du week-end seront vite postés sur facebook. Cela montre qu’il est désormais difficile de vivre sans ces objets connectés. Connectés ou pas, nous sommes dans le monde de la connexion.

• Comment échapper à ce monde de geeks ?

Laurence Devillairs : La vraie question est peut-être ailleurs. Puisqu'il est si difficile de s'échapper. Et si pour vivre, ne devrions-nous pas réinventer notre rapport au temps ? Pour bien comprendre cette possibilité, le philosophe Bergson nous propose de regarder un sucre fondre. Ce temps-là est un temps qui dure. Si je veux boire de l’eau sucrée, je dois attendre que ce sucre fonde. Et bien cette expérience nous montre combien nous pouvons profiter de ce temps qui dure et nous appartient. Chacun est libre d’en faire quelque chose. Ce temps pour vivre est un temps qui dépasse totalement la notion de connexion-reconnexion. Un instant chasse l’autre ? Là, le sucre qui fond nous laisse du temps.

• Ainsi pour vivre, comment réenchanter nos vies dans ce monde de geeks ?

Laurence Devillairs : Pour mieux vivre, protégeons nos traces. Avec internet, nos lettres d’amour deviennent des SMS. Que restera-t-il de ces archives ? Nous confondons notre mémoire qui « engramme » nos souvenirs avec la mémoire de nos iphones. Internet met à notre disposition beaucoup de notions de prêt à penser. Les savoirs sont présentés comme des « prêts à consommer ». Ils sont souvent faciles à lire, ne nécessitent aucun effort. Dans l’effort pour apprendre, on redécouvre le plaisir d’être soi. Le présent a plus de poids : il dure.

A la Convention, Univers Cité / regards croisées / Laurence Devillairs et Christophe Bourseiller – Être geek, est-ce un concept dépassé ? – Vendredi matin.

11 juillet 2019

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Interview de Sébastien Bras,  Aux commandes du restaurant le Suquet depuis 2009, Sébastien Bras trace un nouveau chemin sur l’Aubrac. Au rythme de la nature, il propose une cuisine de mouvement qui retranscrit l’émotion qu’il éprouve à son contact. Sa cuisine intuitive et précise devient alors expérience pour l’autre. .

  • Pouvez-vous évoquer votre rapport à la cuisine ?

La cuisine est l’enjeu d’une création intime. Il n’y a pas de « recette » pour créer une assiette. Le processus de création peut être long ou rapide. On peut avoir des intuitions fulgurantes et trouver facilement des associations. Mais, cette démarche peut au contraire rester longtemps suspendue dans le temps et être posée en latence pendant un, deux ou trois ans. Par exemple le miso : son utilisation a mis entre quinze et vingt ans à éclore. J’ai mis du temps à découvrir ce produit. Aujourd’hui je l’utilise et même le fabrique.

  • Votre cuisine est sensible. Où puisez vous votre inspiration ?

La cuisine est pour moi un vecteur de transmission, d’émotions. L’assiette va retranscrire une rencontre, une discussion, parler d’un voyage. La cuisine suscite quelque chose en nous. Elle est un puissant moteur pour réveiller les émotions, tels le goût du pain brûlé ou celui de la peau de lait qui me rappellent mon enfance. Les saveurs ont cette faculté de susciter des souvenirs de remémorer un moment. Van Gogh a écrit dans une de ses lettres : « mon Brave n’oublions pas que les petites émotions sont les grands capitaines de nos vies et qu’à celles-là nous y obéissons sans le savoir.

  • Comment conservez-vous cette excellence culinaire ?

Pour conserver cette intensité il est important de rester acteur de cette démarche. Il y a toujours quelque chose à faire évoluer. Revenir à la tâche est plus qu'essentiel je fuis la routine. Un retour journalier au menu me ramène à l’exigence, à la cohérence que je recherche dans la cuisine pour qu’elle forme un tout. Je me remets en question, j’expérimente, je suis très exigent avec les autres comme avec moi. Je ne relâche pas mon attention, je suis vigilant.

  • En tant que chef d’entreprise, quelle est votre place ?

Ma place est celle d’un chef d’orchestre, ou d’un capitaine à la barre de son bateau. J’anime ne équipe de soixante dix personnes. Je m’appuie sur des personnes de confiance. J’ai aussi une fonction de pédagogue exigent et qui donne l’exemple. Mais surtout je suis et je reste « cuisinier » et garde ce goût de « faire ».

  • Vous avez rendu vos étoiles, comme si vous aviez déposé quelque chose, qu’est ce qui s’est construit après les étoiles ?

J’ai compris un jour que le bonheur se jouait ailleurs et autrement. J’ai succédé à mon père qui avait obtenu trois étoiles au guide Michelin, mon objectif était de continuer le chemin. Puis ma vision des choses a changé le sens que je voulais donner à ma vie, accompagné en cela par ma femme Véronique. Nous avons donc décidé de déposer nos étoiles; pour ce qui me concerne vers une cuisine « sans pression » voilà notre choix à ma femme et à moi.

(Crédit photo : Christian Bousquet)

A la Convention, retrouvez Camille Lacourt et Sébastien Bras en regards croisés – Univers Lac – vendredi matin – Quels objectifs se fixer après avoir atteint son sommet ? 

8 juillet 2019

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Jean-Edouard Grésy, expert Apm revient pour nous sur la révolution du don. 

Comment passer d’un management de contrôle à une révolution du don pour qu’une organisation soit performante ? Réponse avec Jean Edouard Grésy, docteur en anthropologie et médiateur.

• Révolution du don, c’est le nom de votre livre et le nom de cet atelier. Pourquoi un mot aussi fort que Révolution accolé à cette notion de don ?

« Révolution du don », est en effet un titre paradoxal. Le don est une notion « archaïque », que l’on trouve dans les sociétés primitives, et qui ne change pas quand tout change. Pour être plus précis ce qui ne change pas, c’est la manière dont nos liens se créent. Ils se créent grâce au don.

• Pourquoi le mot Révolution ? 

Parce que le don se perd. Dans un certain nombre d’organisations, on a besoin de tout calculer, de tout mesurer, de tout compter. Cela tue la capacité à donner de chacun et donc ce qui fait la richesse d’une entreprise. On tue la poule aux œufs d’or. La question que je pose et que j’essaye de résoudre est donc la suivante : comment passer d’un management de contrôle, qui laisse peu d’autonomie et peu de reconnaissance à une révolution du don pour qu’une organisation soit performante ?

• La réponse consisterait donc à revaloriser le don ?

70% des salariés estiment qu’ils ne sont pas reconnus dans ce qu’ils donnent. Donner, c’est partager ses idées sans penser que l’on s’appauvrit, c’est transmettre ses savoirs et monter en compétences, c’est générer de l’entraide, c’est offrir de l’attention, du rire, de la convivialité. Mais si je ne suis évalué que sur mes performances, cela ne marche plus. Un bon manager, c’est quelqu’un qui est capable d’évaluer le don et d’en identifier les ratés.

• Quels sont ces ratés ?

Je suis parti des travaux de l’anthropologue Marcel Mauss sur le don dans les sociétés primitives qui fonctionne sur une triple obligation : donner/recevoir/rendre. A chaque étape de ce cycle, il y a des pièges relationnels. Mais à la base, ce cycle du don ne peut en réalité fonctionner que s’il y a une demande. Dans un certain nombre d’organisations, la demande n’est pas perçue, ou mal perçue. 52% des managers n’osent pas demander de l’aide quand ils sont en difficulté. Et au lieu de la demander clairement, ils expriment une demande tacite. En face, la personne ne comprend pas, la connexion ne se fait pas et il n’y a pas d’échange possible. Demander, cela signifie aussi mettre les formes et notamment ne pas exiger. C’est ainsi laisser l’autonomie à l’autre de donner de son plein grès. Ce qui est insupportable pour beaucoup de personnes, ce n’est pas de « faire », mais la manière dont on leur « demande de faire ». Ensuite, je dis souvent qu’il faut deux jambes pour qu’une entreprise avance : une jambe pour le don et une jambe pour débattre avec intelligence,

• C’est à dire ?

Pour que le don fonctionne, il faut une conflictualité saine, des conversations courageuses, oser la confrontation. Sinon, on entre dans le conflit froid. Dans les langues germaniques anciennes, le mot don se dit « gift » et il a une double signification : il signifie à la fois cadeau et poison. Pour que le don soit un cadeau, il doit être régulé. Le manager a un rôle très important dans cette régulation. Il lui faut tenir cette énergie pour permettre l’autonomie, la prise d’initiatives, la créativité, l’innovation tout en protégeant les personnes d’elles-mêmes. Donner ne signifie pas se « sacrifier », chacun doit se donner mais pas trop, il faut appliquer les règles de la déconnexion, ne pas faire de réunions après 18H00… Donner et recevoir à travers son réseau social est le premier facteur chance dans la vie. Il est aujourd’hui essentiel de réévaluer l’importance de ce cycle. C’est ça la révolution du don !

Lors de la convention, retrouvez Jean-Edouard Gresy et Mickael Mangot en regards croisés – Le bonheur en entreprise, qu’est-ce que ça don-ne ? – univers Cité – Jeudi après-midi

5 juillet 2019

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Qu’est-ce qui nous empêche de vivre ?

John Rauscher : Nous sommes parasités par un stress permanent souvent généré par un flux d’informations anxiogènes qui remontent des équipes en interne ou de l’extérieur. Cette information nous empêche de réfléchir et de nous détendre. Il faut savoir qu’une information négative à cinq fois plus de chance d’être lue qu’une information positive. C’est d’ailleurs pour cela que les médias et les réseaux sociaux les préfèrent et les diffusent vers nous à grande échelle. Et notre mémoire a du mal à effacer tout cela. Nous sommes souvent débordés de tâches répétitives et inutiles. C’est difficile de faire le tri.

Isabelle Simonetto : Ce flot est capté par l’intermédiaire de la mémoire à court terme. Cette mémoire a la particularité d’être très limitée dans l’espace, dans le temps et extrêmement sensible aux interférences et au stress. Face à ce flot, notre mémoire à court terme est rapidement défaillante. Sa fonction réside plus dans le traitement que dans le stockage de l’information. On peut comparer cette mémoire à la mémoire vive de l’ordinateur. Elle traite l’information de l’instant « t » ici et maintenant mais sa bande passante est faible. Dans ce cas précis, l’intelligence artificielle est plus performante.

En quoi les IA sont une partie de la solution ?

John Rauscher : Par exemple, les « cobots », les robots collaboratifs basés sur l’IA peuvent nous aider à diminuer notre stress au travail ou dans notre vie personnelle. Prenez l’exemple du GPS, on l’utilise même lorsqu’on connaît le chemin. C’est une manière de confier à l’intelligence artificielle une partie de notre « travail » de conducteur du véhicule. On ne pense plus à l’itinéraire optimal. Le GPS, comme les cobots d’entreprise en général, diminue notre stress.

Isabelle Simonetto : Dans notre cerveau nous pourrions imaginer, pour simplifier, qu’il existe deux salles de commande. La première se situe au niveau du cortex préfrontal, qui permet de réaliser les tâches complexes de haut niveau comme la réflexion, l’apprentissage, la prise de décision. Cette salle de commande est monotâche et très consommatrice en énergie. C’est le mode conscient.

La seconde (au niveau des noyaux gris centraux) permet de piloter ce que nous savons parfaitement faire c’est-à-dire les activités qui sont devenues des automatismes telles que la lecture, l’écriture, la conduite automobile… Ce mode automatique est multitâche. Nous pouvons conduire (mode automatique) et réfléchir à un dossier (mode conscient)

Si j’arrive dans un lieu que je ne connais pas sans GPS, je vais éteindre la musique ou arrêter de réfléchir pour libérer la salle de commande n°1 et repasser en mode conscient pour chercher ma route. Si j’ai un GPS, il va faire ce travail pour moi et libérer de la bande passante …. Pour faire autre chose. En ce sens l’IA libère du temps de réflexion disponible pour des tâches de plus haut niveau.

Les IA sont-elles suffisamment utilisées par les dirigeants ?

John Rauscher : Actuellement, les possibilités de l’IA sont largement sous exploitées alors que l’intelligence artificielle a deux vertus : elle libère de très nombreuses tâches répétitives et elle limite considérablement le taux d’erreur. Par exemple, citons le cas des CRM qui exigent pour être vraiment utiles d’être renseignés avec des comptes rendus de visites clients. Les salariés ont du mal à aller vite dans cette tâche qui s’avère consommatrice de temps et source d’erreurs. L’IA peut aider à automatiser 90% de ce travail. Le recours à l’IA va contribuer à aider les salariés, comme le chef d’entreprise, à se concentrer sur les tâches nobles de leur métier, celles qui rendent heureux au travail. Il y a un potentiel immense d’applications faciles à mettre en œuvre et trop souvent méconnues des dirigeants.

Isabelle Simonetto : L’IA automatise des tâches, et fait le lien entre les différentes tâches pour analyser un nombre colossal d’informations et les rendre exploitables par l’Humain. Mais la façon dont les données vont être traitées et exploitées dépend des concepteurs de l’IA et donc de leurs croyances et idéologies. En tant qu’utilisateur, nous obtenons le résultat mais nous n’avons pas les tenants et les aboutissants des étapes. Il y a une boîte noire entre l’information qui rentre et celle qui sort. L’utilisateur devient potentiellement prisonnier des valeurs sous-jacentes du concepteur.

L’intelligence artificielle et le cerveau traitent une multitude d’informations, sont-ils si différents ?

Isabelle Simonetto : Comprendre les différences entre le fonctionnement du cerveau et l’IA est un bon moyen d’optimiser l’utilisation des 2 ! Prenez l’exemple de l’IA qui a gagné le champion du monde du jeu de GO. Cette IA est incapable de jouer au jeu de dames. L’IA est programmée pour une activité bien spécifique contrairement au cerveau qui va pouvoir faire des analogies dans des domaines complètement différents et transposer, créer.

Un autre exemple, lorsque nous recherchons une information dans une IA, cette dernière va scanner toutes les données disponibles et restituer un résultat. 0 résultat ou X résultats. Le cerveau fonctionne à l’opposé. Il sait d’avance s’il a déjà stocké l’information. C’est ce qu’on appelle la métamémoire. On sait ce que l’on sait. Si je cherche le nom de la capitale d’un pays que je connais, je lance la requête pour chercher l’information. Je ne lance pas cette recherche si je pense ne pas savoir.

La plasticité du cerveau lui permet de créer sans cesse de nouvelles connexions, il se réorganise. De cette plasticité va naître des associations d’idées nouvelles et donc des « euréka ». Nous allons ainsi inventer quelque chose qui n’existe pas !

L’intelligence humaine possède encore de beaux jours devant elle. Et l’IA joue une fonction complémentaire très intéressante. A chacun sa partition.

A la Convention, Univers Cité / Jeudi 19 et vendredi  20 / regards croisés / Intelligence artificielle et neurosciences : et si être connecté permettait de « Vivre » ?

1 juillet 2019

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Rêveur-aventurier, créateur-actif, décideur, fort car vulnérable, humain, lors de la Convention, Marc Thiercelin fait vivre l’expérience de la construction d’une équipe, réfléchir à la manière d’aider à révéler les autres et concrétiser ses rêves !

  • Avant de quitter la terre lors d’une grande traversée, au moment de larguer les amarres (au sens propre comme au figuré), qu’est-ce qui vous traverse ?

Proche du départ, je suis encore pris par le monde terrien. Les instants sont «absorbés» par des sollicitations de toute part. Ce qui nous traverse est matériel. Il faut solutionner de nombreux problèmes, techniques, humains, logistiques. Mais curieusement, je suis simultanément déjà parti dans la tête. Des mois, des années de travail ont précédé ce moment. La préparation est très longue et exigeante. Un navigateur qui porte ce type de projet doit fédérer une équipe pluridisciplinaire, connaître une quarantaine de métiers, tenir les délais, anticiper de très nombreux paramètres… Pendant ce temps-là, l’aventure est déjà présente puisque le projet nous habite intensément. Le moment du départ est lui, plus ambigu, c’est la fin d’une aventure, celle de la préparation est le début d’une autre. Plus intérieure.

  • Une fois loin de tout, fait-on le vide ou le plein de quelque chose ?

Après le départ, quand les bateaux s’échappent, on se retrouve seul. Mais, le monde de la terre continue encore pendant quelques jours à occuper vos pensées. Les premières heures sont habitées par l’esprit des autres. Vers le quatrième jour, on commence à suivre son propre rythme plus en lien avec ce qui nous entoure. On crée le Temps. Avec ce temps-là, on s’appartient à nouveau. On crée un temps nouveau sur les 24 heures de la journée. Ce rythme est vital, il permet de conserver ses repères humains, de ne pas sombrer dans la folie.

L’océan n’est pas vide. Il se passe toujours quelque chose. Plongé dans la solitude, on fait le plein. L’esprit est occupé par des activités nouvelles et multiples. Faire la tactique, dormir par intermittence, sentir le bateau, observer la météo… On doit intégrer de nombreuses dimensions de l’humain pour tenir en milieu extrême quand le bateau est chahuté. Titouan Lamazou exprime très bien cela quand il dit qu’un homme seul, c’est l’humanité tout entière.

  • De ces moments suspendus, une fois revenu dans le tumulte du quotidien, que reste-t-il de cette période pendant laquelle où on a dû tout gérer seul ? Vit-on différemment ou mieux ?

On revient avec le sentiment d’une force intérieure. En mer, on a solutionné seul de nombreux problèmes. On se découvre plus agile, plus courageux. On revient fort de cette connaissance de soi. Il a fallu repousser les limites. On revient en ayant « progressé ». On est en vie, et rempli d’envies.  La mer nous apprend l’humilité et nous relie à l’humain. Le retour à la terre est une plongée soudaine dans le temps social. Un temps que l’on a envie à nouveau de remplir.

  • Vous étiez déjà chef d’entreprise il y a 30 ans, c’est-à-dire très jeune. Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui veulent créer leur entreprise ?

Je leur dirai « embarquez vos rêves ».  Oui, à 20 ans, j’ai pu emprunter pour racheter une école de voile. C’était jeune, mais cela correspondait à mon état d’esprit, mener un projet en autonomie et diriger une école pour transmettre. Aujourd’hui cette aventure d’entrepreneur, je la vis avec le projet Flyboat de trimaran ultime qui embarquera un incubateur marin. Dans cet incubateur, nous embarquerons des rêves collectifs, une nouvelle manière de partager le « plein » de la mer et d’intégrer des innovations porteuses de nouveaux usages pour notre société. L’entreprise est une formidable aventure de l’autonomie et de la transmission. Pour entreprendre, il faut décider, innover, fédérer des énergies, passer des témoins. Aujourd’hui, je conseillerai aux jeunes qui désirent se lancer de ne pas s’enfermer dans des fonctions uniquement de management et de gestion. D’avoir toujours en tête que pour entraîner les hommes dans une aventure, l’agilité, la franchise et l’envie sont des valeurs clefs.

Marc Thiercelin, navigateur, entrepreneur, porteur du projet de trimaran ultime, créateur du fonds de dotation Or bleu autour de l’économie maritime et des métiers de la mer. Rendez-vous avec Marc Thiercelin le 19 et 20 septembre prochain à la Convention Apm.

© Emmanuelle Thiercelin

A la Convention, Embarquez vos rêves avec Marc Thiercelin – Jeudi après-midi – Univers Lac

copyright photo Emmanuelle Thiercelin

28 juin 2019

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Nous sommes heureux de vous présenter un film avec les visages de la Maison Apm.

Nous sommes « A votre Ecoute »  : une insatisfaction, des idées de services supplémentaires, une joie à partager on compte sur vous pour les remonter. Nous les analysons et elles nous permettent d’avancer. Merci d’avance.

4 juin 2019

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Merci aux 400 animatrices(eurs), référents et Maison Apm rassemblés à Annecy pour co construire la vision et préparer la convention Apm.

Deux jours d’intelligence collective au service du sens et du lien au sein de cette superbe communauté.  Nous attendons plus de 5 000 dirigeant(e)s, expert(e)s, animatrices (teur)s au sein des univers Cité, Lac, Montagne et Forêt à Annecy les 19 et 20 septembre 2019. A très vite !

#apm #dirigeant #animateur #convention

23 mai 2019

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William Monin est entrepreneur dans l’âme. Jeune, il dirige une belle concession automobile, la développe, innove dans son métier. Il fait grandir son entreprise et crée avec d’autres associés un groupe qui rassemble plus de 200 collaborateurs. En dépit du succès, il est déçu de ne pas pouvoir avoir plus de marge de liberté. Les constructeurs contrôlent tout le marketing et l’organisation des concessions, ce qui finit par être frustrant au quotidien. William regrette de ne pas pouvoir manager avec plus d’autonomie.

Le temps du constat et de la réflexion

William a des rêves, il souhaite faire évoluer son cadre, pouvoir accompagner des collaborateurs dans leur progression, mais pas que, il n’est plus en phase avec ce modèle très dévoué à la marque qui finit par être un cadre trop contraignant et souhaite plus de liberté. En 2016, il prend le temps de la réflexion et fait le point sur ce qu’il aime. Il comprend que son attachement instinctif à la nature et au terroir est une piste. Qu’à cela ne tienne, il décide de se tourner vers la vigne. Ce qui l’attire, c’est aussi le fait de transformer le produit. Il pense aussi que l’équilibre économique est plus facile à trouver en étant vigneron qu’uniquement producteur.

Un domaine viticole pour réapprendre à prendre soin de soi
Depuis le 15 janvier 2018, William est devenu vigneron, d’abord en rachetant le domaine du Château Saint Pons puis en étant directement exploitant dans son domaine, au plus près des vignes. Etre au milieu des vignes est un présent qui lui va bien. Et quand on lui demande ce qui a changé, il répond instinctivement la sérénité et le plaisir du présent. Il évoque d’abord l’humilité indispensable face à la tâche. Quand vient le moment de la taille, il précise qu’on ne sait jamais le temps que cela va prendre. Il est difficile de prévoir la durée, tant le geste quasi chirurgical est minutieux. La délicatesse du geste garantit la qualité du travail. William dans quelques semaines mettra sa première vendange en bouteille. On lui souhaite que 2019 soit aussi une belle récolte personnelle.

Zoom sur : Château Saint Pons est un Domaine viticole familial de 10 ha en Vallée du Rhône, dans le Parc Naturel Régional du Luberon. Le Domaine planté de vignes de 10 à 50 ans produit des vins AOC Ventoux Blanc, Rosé et Rouge.

#entrepreneur #humilité #apm

14 mai 2019

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L’Apm, un espace d’échanges, loin de la pensée unique

Je suis rentré à l’Apm pour être bousculé et sortir de ma zone de confort.  Loin d’être un lieu de pensée unique, l’Apm permet de partager des idées différentes sous le regard et l’impulsion d’un expert, explique Emmanuel Vergez, PDG de COLOR FOODS.

Vous évoquez l’entreprise comme une aventure humaine plus qu’un patrimoine, comment cela se traduit au quotidien ?

Je ne partage pas la vision patrimoniale de certains dirigeants. Si certains se plaignent d’avoir à gérer et manager des personnes, j’y trouve moi le cœur et l’essence de mon engagement. Vivre l’aventure humaine de l’entreprise, c’est avant tout partager une histoire humaine avec ses salariés. J’aime m’occuper des autres. S’occuper des autres revient à s’occuper de soi et des personnes épanouies sont plus efficaces et motivées dans leur travail : tout le monde est donc gagnant. Chaque jour, mon objectif est de favoriser une ambiance agréable, permettant à tous les collaborateurs de s’exprimer et de s’épanouir. Ainsi, le respect, la solidarité et la communication sont des valeurs importantes au quotidien.

Recruter dans les quartiers nord de Marseille est-ce facile ?

Il est essentiel de donner sa chance à tout le monde. Etre capable de passer sur la première impression pour s’intéresser au fond de la personne est essentiel. Il y a ainsi souvent une dissonance entre la personne telle qu’elle est dans le fond et ce qu’elle montre au premier abord. S’il y a agressivité, il faut apprendre à aller plus loin pour mieux connaître la personne. Très vite, on se rend compte qu’une fois que la confiance est là, le respect va de soi.  En tant qu’employeur, je m’attache au fond mais pas à la forme. Et puis, il y a souvent de fausses croyances sur les quartiers à Marseille ou des représentations sociales qui n’ont pas lieu d’être. Ici comme ailleurs, on cherche du travail et on a envie d’avoir un emploi.

Comment est né cette fibre sociale que l’on sent chez vous ?

Je crois que j’étais un cancre et que j’ai pu apprécier d’avoir eu ma chance à un moment où tout était en devenir. Cela développe des qualités humaines. Tout est parti d’un mensonge. Jeune, j’étais fou de planche et sans rien dire à mes parents, j’ai fait passer le sport avant mes études. Ils m’ont mis à la porte. J’ai du apprendre à me débrouiller seul. J’avoue ne pas avoir eu une grande affection pour l’école car j’étais hors norme et ce cadre là contraignant m’avait clairement fait perdre confiance en moi. Et puis, à l’école, on vous met une étiquette de cancre qui vous suit. Mis à la porte, j’ai du trouver rapidement un stage. A l’époque, IG Informatique m’a donné ma chance et a accepté de me prendre en stage non rémunéré. Ensuite j’ai intégré l’entreprise alors que je n’avais aucune formation. Cette entreprise a ensuite été rachetée par GSI où j’ai poursuivi ma carrière. Ces opportunités m’ont donné confiance. Ma femme m’a aussi beaucoup aidé tout au long de ce parcours à avancer.

Cette histoire de vie a probablement contribué à développer chez moi un amour du lien avec les autres et une bienveillance naturelle avec mes collaborateurs.

Comment êtes-vous devenu chef d’entreprise ?

Color Foods est un retour aux sources. COLOR FOODS s‘appelle la Compagnie des Oasis de L’Oued Rhir. L’entreprise produisait des dates en Algérie. Pour les commercialiser, il fallait les trier, les conditionner et les distribuer.  L’entreprise s’est donc développée à l’Estaque en grande proximité avec le Port de Marseille. L’entreprise a une longue histoire. Elle a été créée par la famille Dewavrin à Marseille. Puis l’actionnariat s’est élargi à ma famille. C’est au départ de M. Dewawrin que je reprends l’entreprise avec mon frère. Ce retour aux sources me permet de vivre la vie d’entreprise en mettant le lien humain au cœur de la vie d’entreprise.

#PME #marseille #équipe #aventure #humaine

6 mai 2019

Publié dans: Actualité

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