Vous doutez ? Tant mieux. Douter, c’est créer et innover. Exemples à l’appui, Hélène Mugnier, historienne de l’art et Albert Moukheiber, docteur en neurosciences et psychologue, expliquent la puissance du doute. Pourquoi il est nécessaire de se méfier de notre cerveau et des certitudes qui nous enferment.

Pourquoi pensons-nous avoir raison même lorsque nous avons tort ? Pourquoi, deux personnes ne voient pas la même chose dans un tableau ou dans la même scène de rue ?

Pour Albert Moukheiber « nous croyons détenir une vérité ou une certitude, mais notre cerveau nous joue des tours sans que nous nous en rendions compte ». Nous pensons percevoir avec lucidité une situation, mais nous inventons le réel, nous l’interprétons à notre insu alors même que nous sommes persuadés du contraire. » Un constat que partage Hélène Mugnier. « Nous rationalisons et en même temps nous passons à côté de signaux importants pour décoder notre environnement. Pourtant nous avons tous des capteurs extraordinaires pour le comprendre ».

Il est donc grand temps de réaliser que nous avons souvent tort et qu’il est bénéfique de douter de ce que le cerveau nous indique. Pourquoi ? Parce que contrairement à ce que l’on pense, « avoir confiance en soi, c’est être capable de douter de soi. Il ne faut pas confondre la confiance en soi et la confiance dans ses connaissances qui sont le fruit de notre milieu social, de nos études, de nos héritages familiaux… Réfléchir, est une manière élégante de changer d’avis », explique Albert Moukheiber.

Douter, c’est s’ouvrir à la création 

Avoir confiance en soi tout en doutant permet ainsi de mettre en marche ces fameux « capteurs », de s’ouvrir à l’imagination, de faire des liens, des transversalités et de construire des histoires qui libèrent la créativité. « La création est par essence quelque chose de nouveau. Si on ne doute pas, on ne fait que ce qu’on a l’habitude de faire », précise de son côté Hélène Mugnier.

Hélène Mugnier et Albert Moukheiber ne développent pas des théories abstraites. Ils se basent sur des exemples de la vie quotidienne et ancrent leur démonstration dans le réel. L’image animée d’une petite danseuse qui pour les uns tourne dans le sens des aiguilles d’une montre et pour les autres dans le sens inverse. Un tableau presque blanc que personne ne voit blanc. Ou encore ces décisions absurdes et catastrophiques, célèbres dans l’histoire et pourtant longuement muries et pensées. Si Albert Moukheiber utilise les neurosciences pour étayer sa démonstration, Hélène Mugnier se sert de l’art pour que chacun se réapproprie la force de l’imaginaire.

L’idée est ainsi de s’autoriser à douter pour se reconnecter à ses émotions, pour faire rêver, et pour se redonner et redonner à chacun les moyens de créer et d’innover. Vous en doutez ? C’est bon signe !

A la Convention, Univers Cité / Regards croisés – Albert Moukheiber et Hélène Mugnier  / vendredi 20 septembre / Vous doutez ? Tant mieux: douter c’est déjà créer !

juillet 15th, 2019

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Etre geek, est-ce un concept dépassé ? Regards croisés de deux experts Apm Laurence Devillairs et Christophe Bourseiller. 

• Connecté ou trop connecté ? Est-ce la question ?

Christophe Bourseiller : On a tous vécu la sidération d’internet, comme un mouvement nous emportant avec une grande lame de fond vers l’hyperconnexion… Notre génération a été et demeure fortement impressionnée par cet outil puissant, qui rend possible des connections à l’échelle planétaire. Aujourd’hui, encore internet est une source d’éblouissement fasciné pour cette génération. C’est toujours « extraordinaire ». Ce caractère quasi sacré est très ancré dans les faits et gestes de notre quotidien. Au contraire, la jeune génération vit au milieu des objets connectés comme si ces objets et usages étaient « ordinaires ». Ils sont nés dedans. Pour ces jeunes, la notion de geeks ou de non geeks est floue, voire n’existe pas. Tous les usages associés au net font partie de la normalité. Certaines communautés sont totalement hostiles aux objets connectés.

• Vous, qui étudiez les mouvements extrémistes et minoritaires, y-a-t-il des enseignements à retirer de ces signaux faibles émergents ?

Christophe Bourseiller : ZAD, slowlife…. Certaines communautés prônent un retour à la nature et expriment un rejet de toutes les connexions. Leurs idées peuvent nourrir nos réflexions. D’abord, elles manifestent une grande méfiance vis à vis des nouvelles technologies. Ces groupes veulent être en dehors de la connexion et militent pour une déconnexion salvatrice. Leurs revendications prennent la forme d’une contre-culture. Ils recherchent par exemple l’anonymat là où internet provoque une surexposition. A l’ère 2.0, c’est quasiment impossible de ne pas être identifié partout. Ces mouvements sont très méfiants vis à vis du suivi et du contrôle du web. Les nouvelles technologies imposent à l’individu une dictature du tout connecté.. être disponible en permanence, répondre vite, recevoir une multitude d’informations …

 

• Qu’est-ce que l’hyperconnexion a changé dans nos vies ?

Laurence Devillairs : Spontanément, je dirais l’ubiquité et l’instantanéité. L’ubiquité. Aujourd’hui, le smartphone nous permet d’être partout à la fois et d’agir en simultané. Parler au téléphone, écrire un mail, regarder une vidéo, être ici et là. Auparavant, ce qui nous définissait en tant qu’humain, c’était précisément l’unicité de lieu. Seul le « divin » avait ce don d’ubiquité. L’instantanéité change nos usages. Nous devons répondre vite. Comme une injonction. C’est un changement considérable qui modifie nos vies. La question n’est plus de savoir si on est connecté ou pas. La connexion succède à la déconnection. Un exemple éloquent. Les personnes passent un week-end à la campagne et vivent ce temps comme une déconnection. Mais rapidement, les portables vont être rallumés et les photos du week-end seront vite postés sur facebook. Cela montre qu’il est désormais difficile de vivre sans ces objets connectés. Connectés ou pas, nous sommes dans le monde de la connexion.

• Comment échapper à ce monde de geeks ?

Laurence Devillairs : La vraie question est peut-être ailleurs. Puisqu'il est si difficile de s'échapper. Et si pour vivre, ne devrions-nous pas réinventer notre rapport au temps ? Pour bien comprendre cette possibilité, le philosophe Bergson nous propose de regarder un sucre fondre. Ce temps-là est un temps qui dure. Si je veux boire de l’eau sucrée, je dois attendre que ce sucre fonde. Et bien cette expérience nous montre combien nous pouvons profiter de ce temps qui dure et nous appartient. Chacun est libre d’en faire quelque chose. Ce temps pour vivre est un temps qui dépasse totalement la notion de connexion-reconnexion. Un instant chasse l’autre ? Là, le sucre qui fond nous laisse du temps.

• Ainsi pour vivre, comment réenchanter nos vies dans ce monde de geeks ?

Laurence Devillairs : Pour mieux vivre, protégeons nos traces. Avec internet, nos lettres d’amour deviennent des SMS. Que restera-t-il de ces archives ? Nous confondons notre mémoire qui « engramme » nos souvenirs avec la mémoire de nos iphones. Internet met à notre disposition beaucoup de notions de prêt à penser. Les savoirs sont présentés comme des « prêts à consommer ». Ils sont souvent faciles à lire, ne nécessitent aucun effort. Dans l’effort pour apprendre, on redécouvre le plaisir d’être soi. Le présent a plus de poids : il dure.

A la Convention, Univers Cité / regards croisées / Laurence Devillairs et Christophe Bourseiller – Être geek, est-ce un concept dépassé ? – Vendredi matin.

juillet 11th, 2019

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Interview de Sébastien Bras,  Aux commandes du restaurant le Suquet depuis 2009, Sébastien Bras trace un nouveau chemin sur l’Aubrac. Au rythme de la nature, il propose une cuisine de mouvement qui retranscrit l’émotion qu’il éprouve à son contact. Sa cuisine intuitive et précise devient alors expérience pour l’autre. .

  • Pouvez-vous évoquer votre rapport à la cuisine ?

La cuisine est l’enjeu d’une création intime. Il n’y a pas de « recette » pour créer une assiette. Le processus de création peut être long ou rapide. On peut avoir des intuitions fulgurantes et trouver facilement des associations. Mais, cette démarche peut au contraire rester longtemps suspendue dans le temps et être posée en latence pendant un, deux ou trois ans. Par exemple le miso : son utilisation a mis entre quinze et vingt ans à éclore. J’ai mis du temps à découvrir ce produit. Aujourd’hui je l’utilise et même le fabrique.

  • Votre cuisine est sensible. Où puisez vous votre inspiration ?

La cuisine est pour moi un vecteur de transmission, d’émotions. L’assiette va retranscrire une rencontre, une discussion, parler d’un voyage. La cuisine suscite quelque chose en nous. Elle est un puissant moteur pour réveiller les émotions, tels le goût du pain brûlé ou celui de la peau de lait qui me rappellent mon enfance. Les saveurs ont cette faculté de susciter des souvenirs de remémorer un moment. Van Gogh a écrit dans une de ses lettres : « mon Brave n’oublions pas que les petites émotions sont les grands capitaines de nos vies et qu’à celles-là nous y obéissons sans le savoir.

  • Comment conservez-vous cette excellence culinaire ?

Pour conserver cette intensité il est important de rester acteur de cette démarche. Il y a toujours quelque chose à faire évoluer. Revenir à la tâche est plus qu'essentiel je fuis la routine. Un retour journalier au menu me ramène à l’exigence, à la cohérence que je recherche dans la cuisine pour qu’elle forme un tout. Je me remets en question, j’expérimente, je suis très exigent avec les autres comme avec moi. Je ne relâche pas mon attention, je suis vigilant.

  • En tant que chef d’entreprise, quelle est votre place ?

Ma place est celle d’un chef d’orchestre, ou d’un capitaine à la barre de son bateau. J’anime ne équipe de soixante dix personnes. Je m’appuie sur des personnes de confiance. J’ai aussi une fonction de pédagogue exigent et qui donne l’exemple. Mais surtout je suis et je reste « cuisinier » et garde ce goût de « faire ».

  • Vous avez rendu vos étoiles, comme si vous aviez déposé quelque chose, qu’est ce qui s’est construit après les étoiles ?

J’ai compris un jour que le bonheur se jouait ailleurs et autrement. J’ai succédé à mon père qui avait obtenu trois étoiles au guide Michelin, mon objectif était de continuer le chemin. Puis ma vision des choses a changé le sens que je voulais donner à ma vie, accompagné en cela par ma femme Véronique. Nous avons donc décidé de déposer nos étoiles; pour ce qui me concerne vers une cuisine « sans pression » voilà notre choix à ma femme et à moi.

(Crédit photo : Christian Bousquet)

A la Convention, retrouvez Camille Lacourt et Sébastien Bras en regards croisés – Univers Lac – vendredi matin – Quels objectifs se fixer après avoir atteint son sommet ? 

juillet 8th, 2019

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Jean-Edouard Grésy, expert Apm revient pour nous sur la révolution du don. 

Comment passer d’un management de contrôle à une révolution du don pour qu’une organisation soit performante ? Réponse avec Jean Edouard Grésy, docteur en anthropologie et médiateur.

• Révolution du don, c’est le nom de votre livre et le nom de cet atelier. Pourquoi un mot aussi fort que Révolution accolé à cette notion de don ?

« Révolution du don », est en effet un titre paradoxal. Le don est une notion « archaïque », que l’on trouve dans les sociétés primitives, et qui ne change pas quand tout change. Pour être plus précis ce qui ne change pas, c’est la manière dont nos liens se créent. Ils se créent grâce au don.

• Pourquoi le mot Révolution ? 

Parce que le don se perd. Dans un certain nombre d’organisations, on a besoin de tout calculer, de tout mesurer, de tout compter. Cela tue la capacité à donner de chacun et donc ce qui fait la richesse d’une entreprise. On tue la poule aux œufs d’or. La question que je pose et que j’essaye de résoudre est donc la suivante : comment passer d’un management de contrôle, qui laisse peu d’autonomie et peu de reconnaissance à une révolution du don pour qu’une organisation soit performante ?

• La réponse consisterait donc à revaloriser le don ?

70% des salariés estiment qu’ils ne sont pas reconnus dans ce qu’ils donnent. Donner, c’est partager ses idées sans penser que l’on s’appauvrit, c’est transmettre ses savoirs et monter en compétences, c’est générer de l’entraide, c’est offrir de l’attention, du rire, de la convivialité. Mais si je ne suis évalué que sur mes performances, cela ne marche plus. Un bon manager, c’est quelqu’un qui est capable d’évaluer le don et d’en identifier les ratés.

• Quels sont ces ratés ?

Je suis parti des travaux de l’anthropologue Marcel Mauss sur le don dans les sociétés primitives qui fonctionne sur une triple obligation : donner/recevoir/rendre. A chaque étape de ce cycle, il y a des pièges relationnels. Mais à la base, ce cycle du don ne peut en réalité fonctionner que s’il y a une demande. Dans un certain nombre d’organisations, la demande n’est pas perçue, ou mal perçue. 52% des managers n’osent pas demander de l’aide quand ils sont en difficulté. Et au lieu de la demander clairement, ils expriment une demande tacite. En face, la personne ne comprend pas, la connexion ne se fait pas et il n’y a pas d’échange possible. Demander, cela signifie aussi mettre les formes et notamment ne pas exiger. C’est ainsi laisser l’autonomie à l’autre de donner de son plein grès. Ce qui est insupportable pour beaucoup de personnes, ce n’est pas de « faire », mais la manière dont on leur « demande de faire ». Ensuite, je dis souvent qu’il faut deux jambes pour qu’une entreprise avance : une jambe pour le don et une jambe pour débattre avec intelligence,

• C’est à dire ?

Pour que le don fonctionne, il faut une conflictualité saine, des conversations courageuses, oser la confrontation. Sinon, on entre dans le conflit froid. Dans les langues germaniques anciennes, le mot don se dit « gift » et il a une double signification : il signifie à la fois cadeau et poison. Pour que le don soit un cadeau, il doit être régulé. Le manager a un rôle très important dans cette régulation. Il lui faut tenir cette énergie pour permettre l’autonomie, la prise d’initiatives, la créativité, l’innovation tout en protégeant les personnes d’elles-mêmes. Donner ne signifie pas se « sacrifier », chacun doit se donner mais pas trop, il faut appliquer les règles de la déconnexion, ne pas faire de réunions après 18H00… Donner et recevoir à travers son réseau social est le premier facteur chance dans la vie. Il est aujourd’hui essentiel de réévaluer l’importance de ce cycle. C’est ça la révolution du don !

Lors de la convention, retrouvez Jean-Edouard Gresy et Mickael Mangot en regards croisés – Le bonheur en entreprise, qu’est-ce que ça don-ne ? – univers Cité – Jeudi après-midi

juillet 5th, 2019

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Qu’est-ce qui nous empêche de vivre ?

John Rauscher : Nous sommes parasités par un stress permanent souvent généré par un flux d’informations anxiogènes qui remontent des équipes en interne ou de l’extérieur. Cette information nous empêche de réfléchir et de nous détendre. Il faut savoir qu’une information négative à cinq fois plus de chance d’être lue qu’une information positive. C’est d’ailleurs pour cela que les médias et les réseaux sociaux les préfèrent et les diffusent vers nous à grande échelle. Et notre mémoire a du mal à effacer tout cela. Nous sommes souvent débordés de tâches répétitives et inutiles. C’est difficile de faire le tri.

Isabelle Simonetto : Ce flot est capté par l’intermédiaire de la mémoire à court terme. Cette mémoire a la particularité d’être très limitée dans l’espace, dans le temps et extrêmement sensible aux interférences et au stress. Face à ce flot, notre mémoire à court terme est rapidement défaillante. Sa fonction réside plus dans le traitement que dans le stockage de l’information. On peut comparer cette mémoire à la mémoire vive de l’ordinateur. Elle traite l’information de l’instant « t » ici et maintenant mais sa bande passante est faible. Dans ce cas précis, l’intelligence artificielle est plus performante.

En quoi les IA sont une partie de la solution ?

John Rauscher : Par exemple, les « cobots », les robots collaboratifs basés sur l’IA peuvent nous aider à diminuer notre stress au travail ou dans notre vie personnelle. Prenez l’exemple du GPS, on l’utilise même lorsqu’on connaît le chemin. C’est une manière de confier à l’intelligence artificielle une partie de notre « travail » de conducteur du véhicule. On ne pense plus à l’itinéraire optimal. Le GPS, comme les cobots d’entreprise en général, diminue notre stress.

Isabelle Simonetto : Dans notre cerveau nous pourrions imaginer, pour simplifier, qu’il existe deux salles de commande. La première se situe au niveau du cortex préfrontal, qui permet de réaliser les tâches complexes de haut niveau comme la réflexion, l’apprentissage, la prise de décision. Cette salle de commande est monotâche et très consommatrice en énergie. C’est le mode conscient.

La seconde (au niveau des noyaux gris centraux) permet de piloter ce que nous savons parfaitement faire c’est-à-dire les activités qui sont devenues des automatismes telles que la lecture, l’écriture, la conduite automobile… Ce mode automatique est multitâche. Nous pouvons conduire (mode automatique) et réfléchir à un dossier (mode conscient)

Si j’arrive dans un lieu que je ne connais pas sans GPS, je vais éteindre la musique ou arrêter de réfléchir pour libérer la salle de commande n°1 et repasser en mode conscient pour chercher ma route. Si j’ai un GPS, il va faire ce travail pour moi et libérer de la bande passante …. Pour faire autre chose. En ce sens l’IA libère du temps de réflexion disponible pour des tâches de plus haut niveau.

Les IA sont-elles suffisamment utilisées par les dirigeants ?

John Rauscher : Actuellement, les possibilités de l’IA sont largement sous exploitées alors que l’intelligence artificielle a deux vertus : elle libère de très nombreuses tâches répétitives et elle limite considérablement le taux d’erreur. Par exemple, citons le cas des CRM qui exigent pour être vraiment utiles d’être renseignés avec des comptes rendus de visites clients. Les salariés ont du mal à aller vite dans cette tâche qui s’avère consommatrice de temps et source d’erreurs. L’IA peut aider à automatiser 90% de ce travail. Le recours à l’IA va contribuer à aider les salariés, comme le chef d’entreprise, à se concentrer sur les tâches nobles de leur métier, celles qui rendent heureux au travail. Il y a un potentiel immense d’applications faciles à mettre en œuvre et trop souvent méconnues des dirigeants.

Isabelle Simonetto : L’IA automatise des tâches, et fait le lien entre les différentes tâches pour analyser un nombre colossal d’informations et les rendre exploitables par l’Humain. Mais la façon dont les données vont être traitées et exploitées dépend des concepteurs de l’IA et donc de leurs croyances et idéologies. En tant qu’utilisateur, nous obtenons le résultat mais nous n’avons pas les tenants et les aboutissants des étapes. Il y a une boîte noire entre l’information qui rentre et celle qui sort. L’utilisateur devient potentiellement prisonnier des valeurs sous-jacentes du concepteur.

L’intelligence artificielle et le cerveau traitent une multitude d’informations, sont-ils si différents ?

Isabelle Simonetto : Comprendre les différences entre le fonctionnement du cerveau et l’IA est un bon moyen d’optimiser l’utilisation des 2 ! Prenez l’exemple de l’IA qui a gagné le champion du monde du jeu de GO. Cette IA est incapable de jouer au jeu de dames. L’IA est programmée pour une activité bien spécifique contrairement au cerveau qui va pouvoir faire des analogies dans des domaines complètement différents et transposer, créer.

Un autre exemple, lorsque nous recherchons une information dans une IA, cette dernière va scanner toutes les données disponibles et restituer un résultat. 0 résultat ou X résultats. Le cerveau fonctionne à l’opposé. Il sait d’avance s’il a déjà stocké l’information. C’est ce qu’on appelle la métamémoire. On sait ce que l’on sait. Si je cherche le nom de la capitale d’un pays que je connais, je lance la requête pour chercher l’information. Je ne lance pas cette recherche si je pense ne pas savoir.

La plasticité du cerveau lui permet de créer sans cesse de nouvelles connexions, il se réorganise. De cette plasticité va naître des associations d’idées nouvelles et donc des « euréka ». Nous allons ainsi inventer quelque chose qui n’existe pas !

L’intelligence humaine possède encore de beaux jours devant elle. Et l’IA joue une fonction complémentaire très intéressante. A chacun sa partition.

A la Convention, Univers Cité / Jeudi 19 et vendredi  20 / regards croisés / Intelligence artificielle et neurosciences : et si être connecté permettait de « Vivre » ?

juillet 1st, 2019

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